Il occupe une table idéalement située à la terrasse du restaurant. Cela lui permet d’interpeller toutes celles qui passent à sa portée car, selon sa formule, y’a pas que le cul dans la vie, y’a le sexe aussi.
Il considère qu’il appartient à la catégorie des vieux beaux. Son entourage le classe plutôt parmi les vieux beaufs.
Il entretient pourtant quelques doutes sur son esthétique. C’est pourquoi il porte un bandeau sur la tête. Il s’imagine que cela lui donne l’allure d’un homme sportif, silhouette d’aventurier revenu de tout. En réalité, il se ménage et limite ses performances physiques à quelques déambulations lentes dans les rues voisines, avec pauses régulières en terrasse.
Pour produire ses effets, il dispose d’une panoplie considérable qu’il renouvelle sans cesse auprès des magasins dont il connaît le personnel. Acheter une chemise, un polo ou une paire de mocassins devient déjà, dans son esprit, une première phase de séduction envers la vendeuse.
Il est autocentré. Ce que vous êtes, ce que vous vivez, ce que vous pensez ne l’intéresse guère, sauf si cela lui permet de revenir à lui-même en moins de trois phrases. Il possède néanmoins une galerie d’ennemis: les entreprises qui l’ont licencié, les commerçants qui ne lui font plus crédit, les médecins qui lui recommandent la modération, les femmes qui n’ont pas compris leur chance, et les amis qui ont cessé de rire à ses histoires.
Il m'est arrivé de le rencontrer alors qu'il se trouvait en présence d’une femme. Il m'a fallu comprendre que certaines règles tacites s’imposent: c’est lui la vedette. Il monopolise la parole, coupe les phrases des autres, corrige les souvenirs communs et transforme toute anecdote en autoportrait avantageux.
Ses tactiques de drague sont celles d’un représentant de commerce: aborder vite, parler fort, sourire trop longtemps, complimenter sans écouter la réponse, relancer malgré l’échec, repartir persuadé d’avoir laissé un souvenir marquant. Ses formules expriment une obsession qu’il revendique avec la fierté d’un homme persuadé de son franc-parler. Il confond souvent vulgarité et audace, lourdeur et charme, insistance et magnétisme.
Lorsque Jules Compactor a enquêté sur le décès d'Élise Gillet, Jean Michel était présent sur les lieux du crime. Les commentaires étaient tout à fait inapropriés.
Jules a compris que c'était une véritable manie chez Jean Michel de distribuer des appréciations de marchand de bétail: bonne tenue, belle carrure, joli lot, un peu passée, encore valable, à surveiller, du potentiel. Il ignore que chaque phrase l’enlaidit davantage. Son narcissisme est un costume brillant dont les coutures craquent de partout. Il vieillit comme certains meubles en skaï: en gardant la prétention du luxe et l’odeur du toc.
Un témoin à éviter.
Pour tout ce qui concerne ses tenues vestimentaires, Jean Michel se réfère au GoodGold. Ce sont ses seules interrogations. Univers politique: néant. Ses convictions varient selon l’humeur, la météo ou le prix du carburant. Il déteste l’État lorsqu’il paie une taxe, l’admire lorsqu’il verbalise le voisin, réclame la liberté pour lui-même et l’autorité pour les autres.