Il est établi qu'Adam a noyé son épouse dans sa baignoire après l'avoir droguée avec un calmant. Il s'agit d'un acte prémédité maquillé en accident. Jacques aurait été heurté par le bateau d'Adam. Navigation imprudente. Collision. Responsabilité incertaine. Négligence ou punition? Adam aurait tenté de reprendre le contrôle sur sa fille. Elle refuse son autorité. Elle s’éloigne. Elle entre dans l’eau. Elle ne maîtrise plus la situation. Elle part à la dérive. Après avoir noyé son épouse, Adam a-t-il laissé sa fille se noyer?
J’ai accompagné mon père à la plage parce que ma mère refusait de venir. Elle prétend que le soleil accélère le vieillissement de la peau alors qu’elle passe déjà ses journées à compter ses rides dans les miroirs. Papa veut sans doute donner l’image d’un père normal. Une promenade au bord de l’eau avec sa fille. Un moment simple, presque familial, mais avec nous, rien n’est jamais simple. Les touristes s’étalent sur le sable comme des phoques épuisés. Des enfants hurlent dans les vagues pendant qu’un bateau de location traîne un parachute rouge au large. Je porte mon maillot orange parce que je sais parfaitement qu’il le déteste. Il marche à côté de moi avec cette raideur nerveuse des hommes qui veulent contrôler le monde entier parce qu’ils sont incapables de se contrôler eux-mêmes. Il m’observe discrètement depuis plusieurs minutes. Il croit sans doute que je ne le remarque pas. Adam: Tu ne pourrais pas te vêtir correctement? Et puis tu as un drôle de regard. Qu’as-tu encore consommé? Toujours la même obsession. Pour lui, tout comportement qui échappe à son autorité devient immédiatement une pathologie. Moi: Rien papa. Je suis clean. Je t’assure, je suis clean. Il secoue la tête avec cet air fatigué qu’il prend lorsqu’il joue au père déçu. Adam: Maintenant tu vas m’écouter. Je t’interdis, vois-tu, je t’interdis de continuer à avaler toutes ces saloperies. Je manque de rire. Il parle comme un homme moral alors qu’il trompe ma mère depuis des années avec des femmes plus jeunes rencontrées dans des hôtels où personne ne le connaît. Il croit être discret. Il ignore simplement que les adultes laissent toujours des traces derrière eux: des messages, des odeurs, des regards qui changent lorsqu’ils rentrent à la maison. Ma sœur Chloé, elle, continue à faire semblant de ne rien voir. Elle, c'est la bonne fille, la fille parfaite, celle qui réussit ses études et qui sourit sur les photos de famille. Moi, je suis l’erreur biologique, le grain de sable dans leur petite vie domestique. Je vois bien que mon père aimerait que je ressemble à Chloé: plus douce, plus docile, plus facile à montrer aux amis. Mais il y a chez lui quelque chose qui ressemble aussi à de la peur. Parce que je sais. Je sais qui il est réellement. Je retire mon paréo et je marche vers l’eau. Derrière moi, je sens son regard peser sur mon dos comme une surveillance permanente. Même ici il veut continuer à me gérer, me corriger, me redresser comme un objet défectueux. Alors je me retourne une dernière fois. Je le regarde longuement et sans sourire. Je vois bien son malaise. Il comprend que je pourrais parler. Pas forcément aujourd’hui. Pas forcément demain. Mais un jour. Je pénètre dans l’eau chaude. Les vagues soulèvent lentement mon corps. Je nage un peu, puis je me laisse flotter au large sans véritable direction. Sur la plage, mon père devient une silhouette plus petite, plus fragile. Il croit encore qu’il me domine, mais ce qu’il ne comprend pas, c’est qu’un enfant cesse d’avoir peur le jour où il découvre que ses parents sont médiocres.
J’ai accompagné Christine à la plage, mais son regard n’est pas clair. Je le vois immédiatement. Et puis elle a encore choisi ce maillot de bain orange qu’elle sait parfaitement provocant.
Moi: Tu ne pourrais pas te vêtir correctement? Et puis tu as un drôle de regard. Qu’as-tu encore consommé?
Christine: Rien, Papa. Je suis clean. Je t’assure, je suis clean.
Moi: Maintenant tu vas m’écouter. Je t’interdis, vois-tu, je t’interdis de continuer à avaler toutes ces saloperies.
Christine: T'inquiète ...
Toujours la même attitude. Cette arrogance, cette façon de me regarder comme si j’étais devenu ridicule. C’est ma fille, ma fille indigne. Elle ne m’écoute déjà plus. Elle retire son paréo puis avance vers l’eau sans se retourner immédiatement. Ensuite elle me regarde une dernière fois avant de s’éloigner davantage.Est-ce qu’elle nage réellement? Pas vraiment. Elle dérive plutôt qu’elle ne nage. Je continue de l’observer quelques secondes, puis je détourne les yeux. Après tout, ce n’est plus tout à fait mon problème.
Jules essaie d'exercer son autorité sur sa fille. Comme elle n'obéit pas, il pourrait bien l'avoir laissé se noyer.