Betty a sombré dans une spirale destructrice. Une relation ambiguë avec Isaac Abram est évoquée. Les analyses concluent à une overdose.
Félicie a été infectée après l’utilisation d’un appareil contaminé. La transmission semble indirecte. Les responsabilités demeurent difficiles à établir.
Jacques apparaît impliqué dans une séquence dangereuse au cours de laquelle Isaac Abram a été percuté lors d’une course-poursuite à moto. Plusieurs témoins évoquent une collision probablement volontaire. La poursuite se serait déroulée à très grande vitesse sur les routes côtières de Saint-Martin. Jules Compactor a établi un lien possible entre cet événement et plusieurs incidents antérieurs impliquant ChronoEmpire, Milton Fleet et le réseau relationnel d’Isaac.
L’accumulation des faits laisse apparaître une mécanique de violences croisées où les responsabilités deviennent de plus en plus difficiles à isoler.
La route est dégagée. C’est presque trop facile. Le moteur répond parfaitement. La nuit défile autour de moi comme un ruban noir tendu à pleine vitesse. L’air est chaud, dense, et pourtant tout semble sous contrôle. Jusqu’à ce que ça ne le soit plus.
Un point apparaît dans mon rétroviseur. Au début, rien d’inquiétant. Juste une présence lointaine, indistincte. Puis elle grossit. Trop vite. Beaucoup trop vite. Je comprends: il me suit.
Je pousse davantage la machine. Le moteur gronde, plus grave, plus tendu. La route devient un calcul permanent, une ligne qu’il ne faut surtout pas briser. Je me penche, j’accélère, je trace. Mais il reste là, collé à moi comme une ombre. Un coup d’œil derrière. Mauvaise idée. Juste assez pour apercevoir sa trajectoire, précise, insistante. Il ne cherche pas seulement à me rattraper. Il joue avec mon espace.
La pression monte. Pas encore la peur. Plutôt une fissure dans la concentration, une interférence. Chaque virage devient plus étroit, chaque décision plus lourde. Le bruit de sa moto se rapproche. Je corrige ma ligne instinctivement. Mais la route n’aime pas les hésitations. Elle les amplifie. Elle les punit.
Le rythme se casse. Un détail minuscule, presque invisible, suffit. Une trajectoire un peu trop large, une adhérence un peu trop fragile. Et soudain, la machine ne répond plus avec la même fidélité. Le décor se rapproche.
Pas de choc net. Pas de rupture franche. Juste une perte progressive, inexorable, comme si la réalité elle-même glissait sous mes roues. Le monde bascule lentement de côté. Et moi avec. Dans ce moment suspendu, une seule certitude s’impose: je ne suis plus en train de fuir. Je suis en train de voler, et ma chute sera redoutable.
Quand je pousse la porte du Soggy Dollar, l’air est saturé de rhum, de musique et de conversations qui se percutent dans une chaleur épaisse. Je le repère immédiatement, accoudé au bar, parfaitement à l’aise, comme s’il appartenait naturellement au décor. Il parle avec la serveuse, sourire facile, regard accrocheur.
Je le reconnais aussitôt. C’est le type qui tourne autour de Betty. Je m’approche et je lui tape sur l’épaule. Il tourne légèrement la tête, juste assez pour m’accorder un regard vide d’importance. Puis il reprend sa conversation comme si je n’existais pas.
Je reste immobile une seconde de trop avant de retourner finir mon verre. Le rhum est devenu tiède, mais cela n’a plus aucune importance. Je continue de l’observer discrètement. Il ne tarde pas à quitter le bar et disparaît dehors sans même se retourner.
Je sors à mon tour. La rue est presque vide. Il est déjà sur sa moto, moteur allumé, prêt à s’évanouir dans la nuit. Le grondement mécanique tranche brutalement avec le silence de la route.
Je démarre. La circulation s’est dissipée. La route vers l’aéroport est dégagée. Il accélère franchement. Pas seulement pour rentrer chez lui. Il fuit. Alors je le suis. La distance diminue peu à peu. Sous les lumières éparses, sa silhouette oscille nerveusement. Il jette un regard derrière lui. Il a compris.
Je me rapproche encore. Aucun mot n’est nécessaire désormais. Tout se joue dans les trajectoires, dans l’occupation de l’espace, dans cette pression silencieuse qui s’exerce à haute vitesse. Je décale légèrement ma ligne. Juste assez pour troubler son rythme. Et il réagit.
Un instant d’hésitation. Une correction mal ajustée. La trajectoire se brise. La moto dévie brutalement, happée hors de sa ligne parfaite dans une gerbe de gravier, de métal et d’ombre.
Je ralentis. Le silence revient d’un seul coup, massif, comme si la nuit récupérait enfin ce qui lui appartenait. Je reste quelques secondes à regarder la route devant moi. Puis je repars.
Une course poursuite entre motards. Isaac a finalement réussi à rejoindre Philipsburg