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Qui a étranglé Élise Gillet ?

La piste Christine Legall

Parmi les trois suspects, Christine est la seule à pouvoir approcher Élise sans éveiller immédiatement sa méfiance. Leur relation est devenue intime. Elles se retrouvent seules, voyagent ensemble, partagent des soirées. Entre elles, la proximité physique n’a plus rien d’inhabituel.

C’est un point clé. Élise n’a pas été frappée à distance ni surprise par une arme. Deux mains se sont refermées autour de son cou. Pour atteindre cette position sans déclencher de réaction immédiate, il fallait pouvoir s’approcher très près. Christine le pouvait.

Jules se penche ensuite sur les constatations du médecin légiste. La pression est forte. Prolongée. Élise s’est débattue, mais l’étreinte ne s’est pas relâchée. Ce n’est pas un accident.

La question du mobile, en revanche, résiste. Christine ne semble pas haïr Élise, au contraire. Plusieurs témoins décrivent une relation faite d’attirance, de complicité, parfois de dépendance. Élise fait partie des rares personnes auprès desquelles Christine parvient à se calmer.

Jules change donc de perspective. Il ne cherche plus seulement pourquoi Christine aurait voulu tuer Élise, il cherche le moment précis où elle a cessé de la voir comme Élise. C’est là que les témoignages sur les gynoïdes deviennent décisifs. Depuis plusieurs mois, Christine affirme que ChronoEmpire remplace les femmes Sapiens par des créatures artificielles. Elle dit pouvoir les reconnaître à des signes précis: peau trop régulière, absence d’imperfections, gestes trop maîtrisés, symétrie du visage, regard anormalement stable.

Jules compare cette liste aux photographies d’Élise et il comprend immédiatement le problème. Élise passe sa vie à effacer les traces ordinaires du temps. Fatigue, pores, irrégularités, micro-variations, tout est contrôlé, corrigé, filtré, diffusé. Son image devient presque trop parfaite pour paraître naturelle. Pour ses followers, c’est une réussite. Pour Christine, cela peut devenir une preuve.

Jules retrouve ensuite les échanges entre elles.

Au début, Christine plaisante.

« On dirait que tu sors d’une usine ChronoEmpire. »

Élise répond par un pictogramme amusé.

Puis le ton change.

Quelques jours plus tard, Christine pose des questions plus précises.

Interventions esthétiques. Peau. Fatigue. Micro-expressions.

Élise rit encore.

Elle pense à une provocation.

Christine, probablement pas.

Jules interroge les témoins qui les ont vues ensemble peu avant le meurtre.

L’un d’eux se souvient de Christine touchant longuement le bras d’Élise.

Comme si elle cherchait quelque chose sous la peau.

Un autre détaille une question plus troublante encore :

« Est-ce que tu saignes normalement ? »

Élise avait ri.

Jules: Et Christine ?

Le témoin: Elle n’a pas ri.

Les drogues, les épisodes délirants, les groupes qu’elle fréquente renforcent ses convictions au lieu de les corriger. Lorsqu’une hypothèse apparaît, Christine ne la teste plus. Élise devient alors une cible parfaite, trop belle, trop lisse, trop contrôlée.

Christine est assez proche pour toucher Élise sans déclencher de défense immédiate. Le contact devient une vérification. Elle cherche sous la peau la preuve d’une machine. Élise résiste, et cette résistance devient, dans son esprit, une confirmation. Elle serre davantage. Quand la réalité s’impose, il est déjà trop tard. Jules ne sait toujours pas si Christine était pleinement consciente de ses gestes au moment de l’étranglement, mais une chose est claire: son obsession explique le meurtre mieux que la colère ou l’intérêt.

Christine n’en est pas à sa première agression contre des androïdes. Elle connaît leur fonctionnement, leurs points faibles et les procédures permettant de les déconnecter. Par le passé, elle s’est déjà attaquée à Ariana Chrono lors d’une opération clairement ciblée.

Christine cherche-t-elle désormais à détruire la famille Gillet? Elle a également été soupçonnée dans l’agression violente contre Damien Gillet. Celui-ci aurait été frappé avec un objet contondant.

Ce qui trouble Jules, c’est le motif avancé par Christine. Selon plusieurs témoignages, elle aurait cru s’en prendre à une gynoïde. Le degré de ressemblance entre certains androïdes et les Sapiens est devenu extrêmement élevé. Expressions du visage, texture de la peau, regard, respiration simulée: les frontières deviennent floues.

Mais de là à commettre une telle erreur? Jules hésite. Soit Christine souffre d’une véritable obsession paranoïaque, soit elle utilise cette confusion comme prétexte pour justifier ses violences.

Élise Gillet est étranglée par Christine Legall

Au début, tout semblait normal. Christine possède ce regard intense que certaines femmes prennent lorsqu’elles désirent quelque chose sans encore savoir quoi. Je croyais maîtriser la situation. Puis quelque chose change. Dans ma chambre, l’air devient plus lourd. Christine s’approche trop vite, trop près. Ses gestes perdent toute douceur. Il n’y a plus de jeu dans ses mouvements, seulement une tension brute. Je tente de rétablir une distance.

Moi: Christine… qu’est-ce qu’il y a?

Mais elle continue d’avancer. Son regard reste fixé sur moi avec une intensité presque clinique, comme si elle essayait de voir autre chose sous mon visage. Cela me glace immédiatement. Je prononce encore son nom, plus fermement cette fois. J’essaie de comprendre ce qui se passe, de la ramener à la réalité, mais elle ne semble déjà plus m’entendre. Quand ses mains se referment autour de mon cou, tout devient confus. Mon cœur s’emballe. Une panique animale remonte dans ma poitrine. Je tente de me dégager, je m’agrippe à ses poignets, mais elle serre davantage encore.

Pourquoi moi? Je ne lui ai rien fait. Je cherche son regard une dernière fois. Et je comprends soudain que ce n’est plus vraiment Christine qui me regarde, seulement une idée fixe enfermée dans un corps humain.

Christine Legall étrangle Élise Gillet

Depuis des mois, je vis avec cette certitude qui me ronge et me porte à la fois. Ils sont là, partout. Derrière les visages parfaits, derrière les gestes trop fluides, trop précis. Les gynoïdes ne sont pas de simples machines. Elles apprennent. Elles observent. Elles remplacent.

Quand Élise est entrée dans ma vie, j’ai tout de suite ressenti quelque chose d’étrange. Une fascination, oui… mais aussi une alerte sourde, comme un signal que je n’arrivais pas à ignorer. Trop parfaite. Trop lisse. Trop ... autre.

Ses mouvements sont maîtrisés, presque irréels. Sa peau capte la lumière d’une façon qui me dérange. J’essaie de me raisonner, mais plus je la regarde, plus ma conviction se renforce. Ce n’est pas possible autrement. Elle n’est pas comme nous.

Je sais que ChronoEmpire nous leurre en prétendant que les androïdes qui nous entourent sont de simples machines entièrement dévouées à notre service. Avec mes amies nous menons un combat car nous savons qu’ils ambitionnent de nous remplacer. Nous avons entrepris une lutte contre ces choses qui veulent nous faire disparaître. Nous sommes déterminées à ne pas nous laisser envahir. Comme nous sommes conscientes de la légitimité de notre combat, nous nous battrons jusqu'au bout et à la fin nous vaincrons.

Élise descend de son avion à l'aéroport Juliana. Elle m'emmène chez elle. Ses caresses se font intrusives. C'est une gynoïde. Je l'ai reconnue. Je suis fascinée par la douceur de ses courbes, par la fragilité de son cou. Une telle perfection est inhumaine.

Des courbes harmonieuses, le visage d’une poupée et une peau parfaitement lisse: elle rassemble toutes les perfections. J'ai une certitude: Élise est certainement une androïde femelle et justement, j'appartiens à une organisation qui lutte contre le grand remplacement.

Je ressens une attirance, mais aussi du dégoût pour cette bête mécanique, cette machine du diable qui voudrait remplacer les authentiques sapiens, les êtres de chair et de sang.

Je l'ai suivie dans sa chambre. Mon cœur bat trop vite, mais je me dis que c’est normal. Je tente de la prendre par la taille:

Moi: Viens ! Viens plus près !

Élise: Christine ! Doucement Christine !

Élise résiste, elle me repousse. Ce simple geste, ce refus agit comme une décharge. Tout s’emballe. Mes pensées se bousculent, se durcissent. Elle cache quelque chose. Elle doit cacher quelque chose. Quand j'essaie de la faire basculer sur un sofa, elle résiste encore et je me déchaîne. Je l'agrippe par le cou et je serre. Elle se débat mais elle n’offre pas une grande résistance.

Je m'attendais au contact d’une gaine entourant un réseau de fils irriguant des circuits, mais je suis épouvantée car je me rends compte qu'il s'agit en fait d'une sapiens. Elle est inerte. La réalité me frappe d’un coup, brutale, irrévocable. Mon souffle se coupe. Mon esprit refuse d’accepter ce que je comprends pourtant immédiatement. J’ai fait une erreur, une terrible erreur.

Le verdict de Jules

Christine a fait un mauvais rêve.

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