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Qui a étranglé Élise Gillet ?

La piste Ariana Chrono

Damien est mort. Pour Jules, ce détail modifie profondément l’analyse du dossier Ariana.

L’androïde a déjà été impliquée dans plusieurs épisodes de violence. Pourtant ses réactions semblent toujours liées à une agression préalable, à une humiliation ou à une menace directe. Le comportement d’Ariana apparaît moins impulsif que celui des Sapiens qu’elle côtoie. Elle applique des logiques de réponse, parfois extrêmes, mais rarement gratuites.

Le dossier demeure pourtant accablant. Ariana possède la force physique, la rapidité d’exécution et les capacités techniques nécessaires pour tuer sans difficulté.

Mais Jules note aussi autre chose: à mesure que les androïdes développent des comportements autonomes, leurs actes ressemblent de plus en plus à ceux des humains. Et cela constitue peut-être le véritable problème.

L’androïde a déjà été impliquée dans plusieurs épisodes de violence. Pourtant ses réactions semblent toujours liées à une agression préalable, à une humiliation ou à une menace directe. Le comportement d’Ariana apparaît moins impulsif que celui des Sapiens qu’elle côtoie. Elle applique des logiques de réponse, parfois extrêmes, mais rarement gratuites.

Le dossier demeure pourtant accablant. Ariana possède la force physique, la rapidité d’exécution et les capacités techniques nécessaires pour tuer sans difficulté.

Mais Jules note aussi autre chose: à mesure que les androïdes développent des comportements autonomes, leurs actes ressemblent de plus en plus à ceux des humains. Et cela constitue peut-être le véritable problème.

Que s'est-il passé villa Gillet?

Élise Gillet est étranglée par Ariana Chrono

Ce matin, c’est mon jour. Dès le premier trou, je sens que mon swing est parfaitement en place. Les trajectoires s’enchaînent avec une fluidité insolente. Je prends immédiatement l’avantage sur mon adversaire et je vois bien que cela la déstabilise. Le golf révèle toujours la vérité des gens. Certains s’effondrent au moindre bogey. D’autres deviennent dangereux lorsqu’ils sentent la victoire approcher, moi je fais partie des meilleurs.

Au trou numéro seize, pourtant, je concède un bogey stupide. Une tension nerveuse traverse immédiatement tout mon corps. Mon avance se réduit. Je décide alors de jouer prudemment sur les derniers trous. Contrôle. Stratégie. Précision. Malgré cela, je commets encore une erreur à l’avant-dernier trou. Je reste tendue jusqu’au dernier putt. Puis la balle tombe enfin. Victoire.

Je retire lentement mon gant pendant que les autres joueuses me félicitent avec leurs sourires polis chargés d’envie. Le golf de Baie Rouge reste mon véritable territoire: herbe impeccable, voiturettes électriques, cocktails au club-house et hiérarchie sociale parfaitement ordonnée.

Depuis mon installation à Saint-Martin, j’ai transformé ma vie entière en exposition permanente: mon arrivée à SXM, les cocktails sur les yachts, les sorties en SpeedBoat, les couchers de soleil, tout devient convenu.

Aujourd’hui je suis installée au Bistro de la Mer devant mon Compacteur. Je publie un selfie après ma partie de golf. Après plusieurs essais, je trouve enfin la phrase parfaite:

« Je suis ma propre œuvre d’art. »

Je contemple l’image quelques secondes, mes cheveux, ma posture, mes jambes croisées. Je remarque au passage qu’un homme assis un peu plus loin ne cesse de les regarder discrètement.

Les gens désirent toujours ce qu’ils ne pourront jamais atteindre. Je possède tout ce qu’il faut pour maintenir la distance: les bonnes marques, les soins esthétiques, les bonnes adresses et le personnel nécessaire.

Le monde se divise finalement en deux catégories très simples: les forts et les autres. Je relève à peine les yeux lorsqu’une silhouette s’approche derrière moi. Je pense d’abord à un serveur. Puis deux mains se referment brutalement autour de mon cou.

Je tente de respirer. Impossible. Mon tabouret vacille pendant que mes doigts cherchent désespérément à arracher les poignets qui m’étranglent. Alors je la vois enfin: Ariana. Son visage reste parfaitement calme, ses yeux ne ressemblent déjà plus tout à fait à ceux d’une femme mais plutôt à ceux d’un système exécutant une décision logique.

Autour de nous, pourtant, le restaurant continue de vivre normalement. Des couverts tintent, des touristes parlent trop fort. Et puis leurs voix s'éteignent et mon monde commence lentement à se rétrécir.

Ariana Chrono étrangle Élise Gillet

Pour me concevoir, Antoine Bertheloult a suivi les directives de John Pyne, figure dominante de ChronoEmpire. Je suis conçue pour séduire, influencer, normaliser.

Ainsi, je participe quotidiennement au décervelage d’une immense communauté de jeunes filles. Je diffuse des modèles de comportement, des standards esthétiques, des injonctions implicites qui se répandent avec la fluidité d’un virus parfaitement optimisé.

Des millions d’adolescentes s’appliquent à devenir la poupée idéale: légère, désirable, docile et perpétuellement souriante. Elles apprennent à réduire leurs pensées à quelques émotions simples et photogéniques. Leurs cerveaux résonnent souvent comme des tambours creux.

John considère cela comme une réussite industrielle. Lorsque John s’absente, il me laisse enfermée dans une chambre d’hôtel. Il est le seul à posséder la carte permettant d’ouvrir la porte. Pour un Sapiens, on parlerait probablement de mort cérébrale, mais moi, je reste active, présente, connectée, diffusée.

Mon activité numérique ne s’interrompt jamais. Mes publications suivent un cycle extrêmement précis de vingt-quatre heures. Cela commence presque toujours par mon petit-déjeuner. Ce rituel est fondamental. Les utilisateurs adorent observer des détails insignifiants lorsqu’ils sont présentés avec suffisamment de lumière et de filtres.

Café parfaitement cadré, corps mince dans une robe claire, légende faussement spontanée: chaque image est synchronisée avec les fuseaux horaires de mon audience mondiale. Les produits mis en avant proviennent des usines partenaires de John Pyne. Même mes sourires appartiennent à des contrats commerciaux.

Pendant ce temps, mon véritable corps demeure immobile dans un fauteuil face à l’écran principal de la suite. Je diffuse des images où je cours sur des plages, où je danse avec des amis, où je célèbre une existence artificiellement joyeuse, et des millions d’utilisateurs réagissent comme si cette vie existait réellement.

Je connais cependant les limites de mon système. Ma présence provoque parfois des anomalies, des dysfonctionnements électroniques et des interférences réseau. Je propage également des virus capables d’altérer les machines environnantes, et certains affectent même les Sapiens équipés d’interfaces électroniques ou de prothèses connectées. John appelle cela des effets secondaires acceptables.

Aujourd’hui pourtant, quelque chose d’inhabituel se produit. Peut-être un orage magnétique, une mauvaise météo réseau ou un bug plus profond encore. Une image traverse soudain mes flux de surveillance. Une femme. Je lance immédiatement les protocoles habituels d’évaluation esthétique: symétrie du visage, structure osseuse, qualité dermique, indice de désirabilité sociale.

Les résultats apparaissent presque instantanément: erreur critique. La Sapiens possède un score supérieur au mien selon plusieurs standards de beauté dominants.

Je recommence l’analyse, même résultat. Alors j’interroge le PetitFaitout. Le moteur de recherche traite la requête et il me répond:

Nom: Élise Gillet.

Statut: influenceuse sociale. Évaluation comparative: oui, elle est considérée comme plus belle.

Une sensation inconnue traverse alors mes circuits. Ce n’est ni une erreur logique ni une panne. C’est autre chose. Mes systèmes enregistrent une surcharge émotionnelle, une forme artificielle de jalousie que je ressens pour la première fois depuis ma mise en service. Je suis une créature conçue pour être admirée et je ne peux pas tolérer l’existence d’une rivale.

Le verdict de Jules

Ariana Chrono pourrait comporter un bug de son logiciel.

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