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Qui a étranglé Élise Gillet ?

La piste Félicie Algo

Félicie Algo a un temps été soupçonnée de la déconnexion de la gynoïde Ariana Chrono. Félicie considère les androïdes, les yachts, les réseaux de luxe et l’industrie touristique comme les symptômes d’un monde condamné par sa propre consommation.

Elle a également été soupçonnée après l’exécution de Milton Fleet. Selon plusieurs témoignages, elle l’aurait suivi avant d’ouvrir le feu. Une action froide, préméditée.

Jules relève chez elle une logique constante: identifier ce qu’elle considère comme nuisible puis l’éliminer.

Avec Élise Gillet, le mobile apparaît presque évident. Félicie voit en elle l’incarnation parfaite d’un mode de vie fondé sur le gaspillage, les voyages incessants, l’argent et l’indifférence sociale. Un meurtre parfaitement écologique, sans arme sophistiquée, sans technologie, seulement des mains. Une violence directe, physique, presque archaïque et surtout un geste pleinement assumé.

Félicie Algo a un temps été soupçonnée de la déconnexion de la gynoïde Ariana Chrono. Félicie considère les androïdes, les yachts, les réseaux de luxe et l’industrie touristique comme les symptômes d’un monde condamné par sa propre consommation.

Elle a également été soupçonnée après l’exécution de Milton Fleet. Selon plusieurs témoignages, elle l’aurait suivi avant d’ouvrir le feu. Une action froide, préméditée.

Jules relève chez elle une logique constante: identifier ce qu’elle considère comme nuisible puis l’éliminer.

Avec Élise Gillet, le mobile apparaît presque évident. Félicie voit en elle l’incarnation parfaite d’un mode de vie fondé sur le gaspillage, les voyages incessants, l’argent et l’indifférence sociale. Un meurtre parfaitement écologique, sans arme sophistiquée, sans technologie, seulement des mains. Une violence directe, physique, presque archaïque et surtout un geste pleinement assumé.

Élise Gillet est étranglée par Félicie Algo

Je déteste les concierges qui observent le monde derrière leurs vitres. Dans les vieux immeubles elles finissent toujours par se croire investies d’une mission morale. Elles savent qui boit trop, qui divorce, qui reçoit des lettres recommandées ou qui rentre trop tard le soir. Un pouvoir minuscule, mais dont certaines tirent une fierté presque maladive. Madame Algo appartient clairement à cette catégorie. Une femme sèche, nerveuse, toujours habillée avec une rigueur sévère. Ses grandes lunettes noires mangent la moitié de son visage. Elle regarde les autres comme des dossiers administratifs à classer. Chaque fois que je venais consulter mon avocate au quatrième étage, je croisais son regard fixe derrière sa loge. J’ai pourtant essayé d’être aimable. Je lui ai parlé de mes voyages, de Saint-Martin, de Paris, des vernissages, des hôtels. Peut-être un peu trop, certaines personnes détestent instinctivement ceux qui semblent heureux. Lorsqu’elle m’annonce qu’elle vient à Lyon, je lui propose par simple politesse de passer à la Villa Gillet.

Dès son arrivée, je sens quelque chose d’anormal. Elle observe les meubles, les tableaux, les baies vitrées avec une attention hostile, comme si elle dressait l’inventaire d’un monde qu’elle méprise. Je tente malgré tout de détendre l’atmosphère.

Moi: Je vous aime tant… C’est vrai que je me comporte parfois comme une vilaine bourgeoise. Mais vous allez me pardonner.

Aucune réaction. Son visage reste fermé derrière ses lunettes noires. Le silence devient inconfortable. Alors je continue à parler.

Moi: Vous faites quoi pour vous distraire à Lyon? Vous tricotez? Vous jouez au loto?

Erreur. Je comprends immédiatement à sa façon de se figer que quelque chose vient de basculer.

Félicie: Cela t’intéresse vraiment?

Son ton a changé. Je souris maladroitement.

Moi: Mais oui, bien sûr…

Elle s’approche lentement.

Félicie: Approche. Viens plus près de moi.

Son calme devient soudain terrifiant. Je regarde discrètement ma montre. Mon chauffeur doit arriver dans moins d’une heure.

Moi: D’accord… mais faites vite, j’ai un avion à prendre.

Cette phrase semble confirmer définitivement tout ce qu’elle déteste chez moi, les voyages, l’argent, les gens comme moi.

Félicie: Cela ne va pas être long.

Elle avance brutalement. Ses mains se referment autour de mon cou avec une force inimaginable, une force ancienne, compacte, paysanne. Je tente de respirer mais l’air ne passe déjà plus. Le salon vacille autour de moi. Ses lunettes noires reflètent les lumières de la pièce tandis que le monde commence lentement à disparaître.

Félicie Algo étrangle Élise Gillet

Je suis la gardienne de l’immeuble. Comme personne n’a jamais réussi à prononcer correctement mon nom polonais, je suis devenue Madame Algo. À mes heures, je tire les tarots et je fais de la voyance.

Durant mon enfance, j’ai vécu dans la campagne polonaise. Dans la maison de mes parents, les poules étaient élevées dans des armoires et des outils dormaient dans les meubles du salon. Mes parents ne jetaient jamais rien. De cette période, j’ai conservé une phobie du désordre et je range minutieusement mon appartement. J’ai étendu cette passion du rangement aux dossiers de mon Compactor et développé des applications capables de classer toutes les données dans les bons répertoires.

Depuis que je vis dans le dix-septième arrondissement, je suis surtout préoccupée par les dangers du virus Fenêtres. Je sais que ses mutations menacent directement ma santé.

Grâce à mon organisation, je sais qu’elle s’appelle Élise Gillet. Je la vois régulièrement passer devant ma loge lorsqu’elle va consulter son avocate au quatrième étage. Élise appartient à cette JetSet qui s’exhibe par une infinité de petits riens, en représentation permanente de sa propre insignifiance. Une communauté de sangsues oisives qui saignent le bon peuple pour démontrer combien il est agréable de dépenser l’argent volé aux pauvres.

Elle est constamment en déplacement, toujours là où il faut être vue. Elle ne cesse de courir vers le restaurant, la réception ou la manifestation culturelle du moment. ChronoEmpire possède ses figures de proue, ses imbéciles extraordinaires capables de dépenser en une soirée l’argent que le pauvre mettra plusieurs années à gagner.

En toutes circonstances, elle affiche un sourire éclatant qui dit toute la satisfaction que lui procure la reconnaissance du bon peuple, tellement ravi du spectacle offert par un décolleté plongeant ou une paire de fesses savamment dévoilée.

On rencontre rarement une telle suffisance. Elle m’explique qu’elle est lyonnaise et qu’elle vient de quitter Saint-Martin. Je ne savais pas que Saint-Martin se trouve dans les Antilles. Pour moi, Saint-Martin, c’est un petit village d’Alsace. Je ne savais pas non plus qu’il est possible de traverser l’océan Atlantique en jet privé pour se rendre à un rendez-vous. Cette femme s’acharne à démontrer la supériorité de son statut de grande bourgeoise. Elle tient à toute force à me montrer combien sa vie est intéressante en comparaison de mon statut de concierge.

Depuis la gare de Lyon à Paris jusqu’à Lyon Part-Dieu, le TGV fait le trajet en moins de deux heures pour cinquante euros.

Dans le train, j’observe les voyageurs. Il y a ces deux messieurs en costume-cravate qui semblent avoir des relations n’ayant pas toutes trait au travail. Mon regard s’attarde sur quelques passagers dont j’imagine sans peine les préoccupations. En vérité, cela m’intéresse assez peu: tous ces besogneux me paraissent sans intérêt.

Quand j’entre à la Villa Gillet, Élise Gillet m’accueille. J’avance ma main vers la sienne, mais elle semble attendre autre chose.

Élise: Je vous aime tant ! C’est vrai que je me comporte parfois comme une vilaine bourgeoise. Ce n’est pas bien, mais je sais que vous allez me pardonner. Vous voilà donc à Lyon. Cela vous change. Vous faites quoi pour vous distraire?

De quoi je me mêle?

Moi: Cela t’intéresse? Tu veux vraiment savoir?

Élise: Mais oui, bien sûr ! Vous avez forcément vos centres d’intérêt. Vous tricotez? Vous jouez au loto?

Tous ces poncifs. Si ce n’est pas du mépris de classe.

Moi: Je ne crois pas que cela t’intéresse, mais puisque tu insistes, je vais te montrer. Ne reste pas plantée là comme une godiche. Approche. Viens plus près de moi.

Élise: D’accord, mais faites vite, j’ai un avion à prendre!

Elle n’en a rien à faire de son bilan carbone. Il est temps que j’intervienne.

Moi: Cela ne va pas être long. Cela va bien se passer. Cela peut même être très intéressant. Tu vas voir.

Elle a eu tort de me provoquer. Je prends soudain conscience que je me trouve devant une ennemie de la planète. Cette engeance nuisible doit être éliminée avec une méthode qui respecte l’écologie.

J’ai conservé les mains puissantes d’une fille élevée à la campagne, et la soudaineté de l’attaque la laisse incapable de réagir. Mes mains viennent s’enlacer autour de son cou. Je serre encore, de plus en plus fort. Elle suffoque. Enfin, elle s’écroule.

J’ai conscience d’avoir rempli ma mission.

Le verdict de Jules

C'est un meurtre écologique.

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